Zi – Paris, NY, TX, Tunisie [Interview]

Je reçois régulièrement des emails me sollicitant pour parler de tel ou tel artiste sur le site. Dans la mesure du possible, j’essaie toujours de répondre, c’est la moindre des choses, même si dans le tas il est rare que j’ai de vrais coups de coeur. Ça arrive, heureusement. Dernier exemple en date : Zi aka Zi The Warrior. Non seulement j’ai accroché à sa musique (un album et quatre EP’s en free download sur parisismycity.bandcamp.com), mais le personnage, son parcours, sa démarche de ne rapper qu’en anglais, m’ont interpellé. Son très joli clip ci-dessus a achevé de me convaincre. En plus, il s’avère qu’on a un pote en commun (Rushkoff, I see you). Donc hop, ni une ni deux, interview comparatiste « citoyen du monde » axée autour des quatre grands pôles qui définissent son identité franco-tunisiano-américaine. En VF et en VO, of course !

Zi

PARIS :

C’est dur d’être aussi catégorique parce que je pense qu’aucun endroit ne peut être complètement unique. Par exemple, ce que j’aime à Paris c’est sa richesse culturelle, mais c’est aussi pour ça que j’adore New York. Donc je dirais la seule différence peut-être entre Paris et New York, c’est qu’à Paris on peut encore voir le ciel [rires]. C’est un peu moins la folie des grandeurs. Je dirais aussi qu’à Paris, et en France en général, tu te sens un peu plus en sécurité. Il y a des problèmes comme partout, mais c’est un peu moins la jungle. Aux États-Unis c’est un peu « que le meilleur gagne », ce qui a aussi ses avantages parce que les Français manquent souvent d’ambition, ils sont frileux, conservateurs, etc. Mais en même temps c’est ce qui fait qu’on y vit bien. Ici on a un peu moins de conneries niveau bouffe par exemple, alors qu’aux États-Unis les Américains sont des cobayes, n’importe quel produit absurde peut y voir le jour. Pour ce qui est du rap, ce que j’aime en France c’est qu’on est encore attaché aux paroles. Même si l’influence américaine fait que ce n’est pas toujours le cas, c’est encore important en France, à mon avis, qu’un rappeur ne raconte pas de la merde. Ceci dit, je ne supporte pas l’a priori qu’ont beaucoup de Français sur le rap US et le fait que tous les rappeurs américains racontent de la merde. Rakim bouffe sûrement beaucoup de rappeurs français et il est loin d’être tout seul. À l’inverse, il y a des rappeurs français qui seraient des monuments du hip-hop s’il n’y avait pas la barrière de la langue. Par exemple, je pense qu’un Oxmo Puccino n’a pas d’équivalent américain. Le seul bémol c’est que le rap français a souvent trop tendance à copier ce qui se fait aux États-Unis et je trouve ça dommage.

Je ne rappe qu’en anglais. À une époque je rappais un peu en français, mais plus parce que les gens me disaient « t’es en France, rappe en français ». Le coeur n’y était pas. Ceci dit, je représente définitivement la France. Je ne rappe pas en anglais pour le côté « cool », je le fais parce que je peux toucher plus de monde comme ça. La plupart de ceux qui rappent en anglais ici ont soit un accent abusé soit surjouent le côté cainri. Et je pense que c’est comme tout : si t’es authentique dans ta démarche, les gens le ressentiront et auront davantage envie de te suivre. Après ya un million de choses qui font que tu réussis ou pas, mais je crois fermement que le fait de rapper en anglais n’est pas un obstacle.

NEW YORK :

C’est la Mecque du hip-hop, c’est la ville par laquelle tous les immigrants européens sont passés, c’est sûrement la ville la plus célèbre des États-Unis, c’est une ville référence à plein de niveaux. C’est cette richesse historique et culturelle que j’aime à New York. C’est ce qui me manque aux Texas par exemple. C’est une ville, je pense, dont tu n’as jamais vraiment fait le tour. Pour ce qui est du hip-hop, c’est simple tu ne peux pas en parler sans évoquer New York. Je ne vais pas te faire la liste de tous les rappeurs new-yorkais que je kiffe, elle serait trop longue et pas originale. Il y en a un par contre qui sort du lot, c’est Jay-Z. Pas pour sa technique, ses lyrics ou son style, mais pour sa longévité. Il a atteint un niveau qu’aucun autre rappeur n’avait encore atteint et il a mon plus grand respect pour ça. Je pense qu’il a donné l’espoir à beaucoup d’entre nous de peut-être pouvoir rapper jusqu’à 70 ans si on le souhaite sans que ça fasse ringard.

TEXAS :

C’est complètement l’opposé de New York, c’est les grands espaces, la nature, la campagne. J’y ai de bons souvenirs parce que j’ai passé pas mal d’étés là-bas quand j’étais plus jeune [sa famille maternelle est de Houston]. Donc quand je pense au Texas, je pense au soleil, à la chaleur, aux barbecues, à mon oncle qui nous emmenait pêcher, aux lézards que j’essayais d’attraper [rires]. Cette chaleur se retrouve aussi chez les gens, ils sont adorables, très accueillants, ils te parlent comme s’ils te connaissaient depuis des années. Ce qui est paradoxal d’ailleurs avec le fait que posséder une arme là-bas est chose courante. Même ma grand-mère a un gun [rires]. Le seul truc avec lequel je suis moins à l’aise c’est que, contrairement à Paris ou New York, les communautés ne se mélangent pas trop. Tout le monde n’est pas raciste, comme beaucoup de Français le pensent, mais chacun fait sa vie un peu de son côté. Par exemple, quand j’étais au lycée là-bas, en cours tout le monde parlait et rigolait ensemble, il n’y avait pas d’animosité, mais à l’heure de la récréation t’avais tous les Blancs au milieu du hall, les Noirs en dessous des escaliers et les Mexicains adossés contre le mur. C’était frappant pour un petit banlieusard parisien comme moi. Pour ce qui est du rap, il y a un gars que je surkiffe et qui est à mon avis underrated, c’est Z-Ro. En ce qui concerne la nouvelle génération, j’aime beaucoup Big K.R.I.T. Le Sud est souvent critiqué dans le rap par le Nord, mais ce que j’aime c’est que les artistes South ont l’air de s’en battre les couilles. Ce que les gens ne savent peut-être pas en France, c’est que tous ces mecs-là sont généralement des méga stars chez eux même s’ils sont inconnus à New York. Ce qui est ironique c’est que j’entends souvent des rappeurs new-yorkais se plaindre du fait que New York ne les soutient pas. Il semble que les rappeurs du Sud soient plus solidaires entre eux. Après, je ne suis pas expert sur le sujet.

En ce qui concerne le reste des États-Unis, mon rappeur préféré est 2Pac, mon album préféré est Chronic 2001, ma chanson préférée est « I Got 5 On It » des Luniz et le rappeur que je kiffe le plus en ce moment est Kendrick Lamar, donc j’ai indéniablement une influence Westcoast. Mais je ne suis pas vraiment le rap par rapport à sa géographie, c’est pour ça que je suis incapable de te dire si je suis plus Eastcoast, Westcoast ou Dirty South. Ce que je recherche chez un rappeur c’est l’authenticité et le contenu.

TUNISIE :

Étonnement, la Tunisie [son père est Tunisien] et le Texas ont beaucoup en commun. Le climat est le même, les gens sont tout aussi chaleureux et, chose dont je n’ai pas parlé à propos du Texas, la religion y tient une grande place. En France la religion est souvent vue comme quelque chose de négatif, surtout l’Islam, et bien que j’aie ma propre réflexion sur le sujet, ce n’est pas ce que je vois en Tunisie. Ce que je trouve à la Tunisie que je ne trouve peut-être pas ou moins ailleurs c’est tout ce qui se rapporte aux valeurs. La famille est quelque chose de très importante là-bas, les gens vivent simplement, ils ont l’air plus en paix avec eux-mêmes, plus reconnaissants de ce qu’ils ont et moins frustrés par ce qu’ils n’ont pas, comme on a tendance à l’être en Occident. Les gens prennent le temps de vivre. Pour ce qui est du rap, je t’avoue que je ne connais pas trop la scène locale, mais je suis tombé sur quelques vidéos de mecs rappant leur révolte et je peux te dire que certains rappeurs français qui se disent « engagés » passent pour des rigolos à côté. Je ne comprends pas l’arabe (malheureusement) et pourtant le gars m’a donné des frissons.

PARIS:

It’s hard to be so definite because I don’t think any place can be completely unique. For example, what I like about Paris is its cultural wealth but this is also what I like about New York. So I would say the only difference between Paris and New York, maybe, is the fact that in Paris we can still see the sky [laughing]. Things are a little less extravagant. I would also say that in Paris, and in France in general, you feel a little safer. There are problems here like everywhere else but it’s a little less the jungle. In the States, it’s « survival of the fittest », which can sometimes be a good thing because French people tend to lack ambition, they don’t take a lot of risks, tend to be conservative, etc. But at the same time that’s what makes it a relatively safe place to live in. Here, there’s a little less junk food for example, whereas in the US, Americans are like guinea-pigs, any absurd product can be introduced to the market. When it comes to rap music, what I like about France is that people still care about lyrics. Even though it’s not always the case for those very influenced by American rap, it seems that it’s still important, in France, that a rapper doesn’t talk about dumb shit. That said, I don’t like the preconception that a lot of French people have on the fact that all American rappers talk about dumb shit. Rakim would eat up a lot of French rappers and he’s far from being the only one. On the other side, I think certain French rappers would be legends in the hip hop world if it wasn’t for the language barrier. For example, I think someone like Oxmo Puccino has no equivalent in the States. The only thing is that French rap tends to copy US rap too much sometimes which I think it’s a shame.

I only rap in English. I used to rap in French occasionally, but more because people were like « You’re in France, so rap in French. » I was just not feeling it. I definitely represent France though. I don’t rap in English because it sounds « cool », I do it because I can reach a wider audience that way. Most French rappers rapping in English wether have a terrible accent or are overacting the whole US rapper cliché. And as for everything, I think if you do it and it sounds genuine and natural, people will feel it and will be more willing to support you. At the end of the day, there are a million reasons why you succeed or not, but I strongly believe rapping in English is not an obstacle for me.

NEW YORK:

NY is the Mecca of hip hop, it’s the city that welcomed all the European immigrants to America, it’s probably the most famous American city in the world, it’s a reference on a lot of different levels. It’s this historical and cultural wealth that I like about New York. It’s what I miss in Texas for example. It’s a city, I think, that always has more to offer. When it comes to hip hop, it’s simple: you can’t talk about it without mentioning New York. I’m not going to name all the rappers from NY that I like, the list would be too long and unoriginal. But there is one rapper that stands out, it’s Jay-Z. Not for his skills, his lyrics or his style, but for his longevity. He reached a level that no other rapper has reached before and I have a lot of respect for him for that. I think he gives hope to a lot of us that, if we wanted to, we could rap until we’re 70 years old without it being corny

TEXAS:

TX is the complete opposite of New York, it’s wide-open spaces, nature, the countryside. I have good memories of it because I’ve spent a lot of summers over there when I was younger [his mother’s family lives in Houston]. So when I think about Texas, I think about the sun, the heat, barbecues, fishing with my uncle, chasing lizards [laughing]. People are just as warm as the weather, they’re adorable, very welcoming, they’ll talk to you like if they knew you for years. Which is ironic considering the fact that guns are so popular over there. The only thing I’m less comfortable with is that, unlike Paris or New York, commuties don’t mix much. Not everybody is racist, like most French people would think, but everybody kind of lives their life in their own corners. For example, when I was in high school over there, in class everybody would talk to each other, joke around with each other, there was no animosity but when the class ended, in the cafeteria you’d see all the white people in the middle of the room, black people under the stairs and Mexicans leaning against the wall. It was a little shocking for me coming from Paris. When it comes to rap music, there’s a rapper that I just love and that I think is underrated, it’s Z-Ro. As for the new generation, I like Big K.R.I.T. a lot. The South is often criticized by the North but what I like about Southern artists is that they don’t seem to give a fuck. Southern artists can be unknown in New York but superstars in the South. What’s funny is that I often hear NY rappers complain about the fact that NY doesn’t support them. It seems that the South is a little more united. But then again I’m not expert on that situation.

As for other US rap scenes, my favorite rapper is 2Pac, my favorite album is Chronic 2001, my favorite song is Luniz’ « I Got 5 On It » and the rapper that I like the most right now is Kendrick Lamar, so I clearly have some Westcoast influences. But I don’t really follow rap according to its location, that’s why I couldn’t tell you if I’m more Eastcoast, Westcoast or Dirty South. What I look for in a rapper is authenticity and lyrical content.

TUNISIA:

Surprisingly, Tunisia [his father is from Tunisia] has a lot in common with Texas. The weather is kind of the same, people are just as nice and, as I forgot to mention about Texas, religion is very important over there. In France, religion is often seen as something negative, especially Islam, and though I have my own opinion on the topic, it’s not what I see in Tunisia. What I find in Tunisia that I don’t find, or not as much, in these 3 other places is maybe everything that has to do with morals, values and principles. Family, for example, is very important over there. People live a simple life, they seem more at peace with themselves, more grateful for what they have and less frustrated about what they don’t have like we tend to be in the West. People take the time to live. When it comes to rap music, honestly I don’t know much about the local scene but I came accross a few videos of Tunisian rappers rapping about the revolution and I swear certain rappers who call themselves « activists » look like clowns next to them. I don’t understand arabic (unfortunately) and yet the dude gave me chills.

Une réflexion au sujet de « Zi – Paris, NY, TX, Tunisie [Interview] »

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